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23/01/2017

La lampe

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Oh ma belle jacynthe au boulot !

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Edmond Faral (1882-1958)

faral1948.jpg51+LS7k5vyL._SX312_BO1,204,203,200_.jpgjongleur.jpgC'est par un vieil exemplaire de "La vie quotidienne au temps de Saint Louis" qu'Edmond est entré dans ma vie samedi. Agrégé de grammaire, prof de littérature latine médiévale au Collège de France, ah quel plaisir nous avons eu ce week-end à parler tous les deux de mille choses: la Chanson de Roland, la robe bleu glacier de Melania Trump, Ruteboeuf. On a même causé choucroute. (Il adore la choucroute. Moi aussi).

Il m'a raconté un peu sa vie. Figurez-vous qu'il est né à Médéa, à 80 kilomètres d'Alger, (son père était prof d'histoire au collège de Médéa) , a fait ses études au lycée d'Alger puis au lycée  Henri IV et a été pendant la guerre de 14-18 capitaine d'infanterie. Reçu premier à Normale Sup il avait devancé l'appel, pour s'engager. Et puis ensuite, le voilà qui devient professeur de littérature latine du Moyen Age à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, puis  administrateur au Collège de France quand Joseph Bédier casse sa pipe en 1938. Il le reste (administrateur) jusqu'en 1955.Quel type. 

A ce moment-là du récit de sa vie que je fais au Professeur Ronchon, ce dernier grommelle "Mouais Joseph Bédier...gna gna gni...controversé...gnagna gni...Tristan et Iseult..."...mais qu'il est pénible ce Professeur Ronchon !

Bref grâce à Faral, la littérature latine du moyen-âge est devenue vivante et la légende arthurienne débarrassée de ses obscurités: Edmond travaillait beaucoup sur la génèse des romans courtois (une vie à bosser sur ce sujet...mais quelle merveille....). Jamais il n'oublia Médéa: " Je le demande à ceux de mes camarades qui, comme moi, à la fin du siècle dernier, ont vécu jusqu'à leurs dix-huit ans sur le sol algérien : y a-t-il un moment de notre vie dont nous ayons conservé un souvenir plus vif et plus tonique ?Quelqu'ait été depuis la destinée de chacun de nous et de quelque façon que nous ayons réalisé nos rêves, n'est-ce pas là, n'est-ce pas alors, dans l'exemple des courageux fondateurs, que nous avons appris à aimer ces entreprises hardies et généreuses ?

N’est-ce pas là au contact d’une nature lumineuse, que nous nous sommes préparés à comprendre aussi vivement que personne la leçon des grands esprits de la France, la vertu des idées claires et distinctes, la beauté des formes nettes et vigoureuses, les prestiges de la science et de la poésie ? »

Je lui ai demandé lequel de ses 18 livres il préférait. "L'histoire des jongleurs" a-t-il répondu tout de suite. "Ah, mais pourquoi?" "Parce que c'est ma thèse de doctorat, (dédiée d'ailleurs à Bédier) en 1910". Qu'il ait choisi ce sujet m'enchante. A ce moment-là, Edmond ajoute "D'ailleurs j'ai reçu un accueil atroce pour ce livre. C'est pourtant - ou à cause de ça- mon chouchou".

Chouchou, va !