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06/01/2015

Ce soir dans le métro

C'est une très grande jeune femme qui rentre dans le métro. Elle a les cheveux blonds, frisés, longs, et un nez extrêmement busqué. Elle est très mince, élégante, elle porte un manteau clair, ajusté, et elle tient par la main une petite fille, une toute petite fille minuscule, qui a je pense trois ans, peut-être quatre. Non je crois plutôt trois. Elle a un bonnet rouge pâle avec comme des oreilles de chat, une sorte d'anorak rouge clair, une écharpe nouée autour du cou, des collants en laine,  imprimés, sur ses adorables petites jambes. Elles restent debout, il y a beaucoup de monde.

Une autre femme qui vient d'entrer dans le wagon  a trouvé une place. Au moment de s'asseoir elle propose à la petite fille que ça soit plutôt elle qui s'asseoit. La petite fille refuse et serre plus fort  la main de sa maman. Dont je ne sais pas si c'est la maman mais sans doute que oui. L'autre femme est très brune, son visage est très féminin, elle a un joli nez, des yeux doux, des très jolis sourcils, des dents magnifiques. Son visage n'est que douceur.Elle sourit à la petite fille qui la regarde. Elle a un voile. Elle s'asseoit finalement tout en continuant à sourire à la petite fille. Elle lui demande comment elle s'appelle. Elle est habillée passe partout, et on devine qu'elle est plantureuse, aussi plantureuse que l'autre femme est mince. Elles sont jeunes toutes les deux, je pense qu'elles ont entre trente et trente cinq ans à tout casser.

A côté de la jeune femme arabe qui est assise, s'est assis un homme du même âge avec un gros anorak bleu foncé, il a l'air pakistanais. et tout le temps que dure cette scène il sourit, attendri. La femme assise montre sur son téléphone des photos à la petite fille qui s'approche de plus en plus d'elle. Je comprends qu'elle montre des photos de sa fille. Elle dit qu'elle est grande, qu'elle a 7 ans. La petite fille dit "Elle sort sa langue" au lieu de "elle tire la langue". La mère de la petite fille en photo dit en riant "Oui elle tire la langue, elle faisait des grimaces, elle faisait des bêtises". Elle relève alors la tête vers la grande femme blonde et j'ai peur un quart de seconde que la femme blonde soit agacée de ce mouvement de connivence souriante. Mais elle sourit aussi. Elles parlent ensuite de tétines. La femme blonde est plus réservée que la brune mais elle ne montre aucun recul. La femme brune montre ses dents. Je n'entends pas tout. Sans doute pour dire que la tétine abîme les dents.

C'est alors que tout le monde s'aperçoit qu'il y a un joli chien lisse et beige dans les bras d'un assez bel homme d'une trentaine d'années aussi. Le chien baille. La petite fille qui a dit très fort  "Ya un chien" rit avec un rire de peur quand le chien baille. Le pakistanais rit, la femme blonde rit, la femme brune rit, le type avec le chien rit, je ris.

"On descend là" dit la femme blonde à la petite fille. "Aurevoir Juliette" dit la femme brune avec un sourire d'une gentillesse renversante. "Non c'est Julia" dit la petite fille. "Aurevoir Julia" dit la femme brune. La petite fille sort du wagon et sans se retourner dit "A tout à l'heure".

Je pense aussitôt à la guerre, à cette petite fille  quand elle sera grande et que le monde sera ravagé.

 

 

 

 

05/01/2015

Ma carte bleue est sous le dinosaure

photo 2.jpgphoto: Louise (Marly, hier)

 

Ma carte bleue est sous le dinosaure quand je la laisse à Louise pour qu'elle fasse des courses, les pièces de cinq centimes sont dans un pot de yaourt (vide) sur le buffet, mes godasses d'hiver sont dans les toilettes -enfin, dans la pièce des toilettes, pas dans le trou-, les carnets de santé des chats sont dans le dossier des papiers des enfants, les habits d'été sont pliés dans des sacs poubelle entassés en haut du placard de l'entrée, les médicaments sont rangés avec le thé, le programme de Hollande en 2012 est sur la petite table à côté du canapé, le puzzle de papa fait par lui, qui représente la maison en charente, est posé sur le meuble de l'entrée, tout le monde y pose n'importe quoi dessus, les chaussettes sèchent enroulées la nuit autour des tuyaux des radiateurs, et mon nécessaire à couture tient dans deux pots de confiture bonne maman. Dans mon agenda il y a deux côtés, un côté boulot dans un rabat et un côté pas boulot dans l'autre rabat, avec dedans des recettes découpées (haricots verts au raifort que je n'ai aucune envie de faire, et merguez à je ne sais plus quoi, sont les dernières). Et dans mon sac il y a mon journal intime (indispensable, je ne peux pas vivre sans), ma trousse de maquillage (indispensable, je ne peux pas vivre sans), mes lunettes pour voir de près et celles pour voir de loin (indispensables, même si 99% du temps je ne les porte pas) et des papiers importants comme comment faire un camion avec des boites de céréale et des bouchons de bouteilles de lait (pour les roues).

 

Anna Pitt donne à boire en 1792 à un gros corbeau, on a envie d'embrasser son bras

portpitt_l.jpgportpitt_l.jpgVigée-Lebrun