08/08/2013
Les quatre saisons
Hier soir dans la cathédrale le chef d'orchestre dirigeait voûté, crâne dégarni, cheveux longs blancs en paille autour de la tête comme du raphia, et en smoking, avec des gestes très retenus, à peine esquissés. Par moments on pouvait croire qu'il dormait. Je ne me disais pas des choses originales, je me disais que Spinosi aussi aura cet âge. Les musiciens -tous genre quadragénaires- de l'orchestre, habillés en noir mais un noir sinistre, ne souriaient pas, on aurait dit qu'on venait de leur annoncer qu'ils ne seraient pas payés. La claveciniste, une dame d'un certain âge était charmante, assise bien droite derrière son clavecin, avec un visage aussi beau que doux, venu du fond des âges, une résille en velours noir enserrant son chignon très bas dans la nuque. Et il y avait la très jeune première violon, 27 ans, robe du soir vert d'eau affreusement kitsch, rousse, bras juvéniles, peau très pâle, queue de cheval, qui jouait merveilleusement, avec simplicité, vigueur, fraîcheur, sans grimaces et sans effets, elle servait seulement, et c'était parfait, ces Quatre Saisons de Vivaldi archi-connues et dont elle faisait quelque chose de nouveau, de nouveau comme elle.
(j'aime à la folie le tout début du premier mouvement de l'Hiver)
C'était vraiment les quatre saisons de la vie que ce chef en hiver qui a dit avec douceur et mélancolie "A l'année prochaine" en sachant qu'il n'y serait peut-être pas, il a 80 ans, cette jeune femme pleine de force, abimée par rien, et ces musiciens au milieu du gué, et la claveciniste du XIXeme siècle (oui ça va, je sais que les clavecins c'est bien plus vieux !).
Ensuite il y a eu le Stabat Mater de Pergolèse. Une soprano, une alto. La soprano les yeux comme gonflés de larmes, une frange un peu bouclée, on aurait dit qu'elle venait de pleurer, elle chantait vraiment magnifiquement (et avait un cul splendide accessoirement, moulé dans une robe damassée bleu nuit, mais elle ne s'en rendait pas compte) La beauté, la grandeur.
L'église s'est vidée à la fin à toute vitesse. Il n'y avait plus personne sur le parvis. Le clocher du Kreisker un peu plus loin était illuminé, les rues désertes dans la nuit d'été. La façade de la pizzéria s'éclairait tour à tour en bleu, en rouge, en vert. On est rentrés.
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Une photo

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07/08/2013
Télégramme
Pendant tout va mal, tout va bien. Stop. Mer monte n'importe quelle heure. Stop. Descend pareil. Stop. Artichauts vert tendre dans champs plats. Stop. Petites baraques à crêpes. Stop. Chats parlent breton. Stop. Rentrée scolaire au Leclerc. Stop. Mangerais bien mouettes aux petits pois. Stop. Arrête avec tes stop. Ciel gris avec espoir de bleu. Bruit des mâts. Epuisettes fument cigarettes devant boutiques. Page des sports dans Télégramme. Accidents. Hortensias. Moches. Sublimes. Aussi des fuschias. Des dalhias. Une heure dans mercerie. Point de croix. Concert d'orgue dans cathédrale. Orgue atroce. Ou organiste bollosse. Bach pourtant. Bach cochonné aux algues vertes. Matin. Meilleur moment: le matin. Fil à broder. Meilleur moment: thé sur marches perron. Meilleur moment: bruit vagues. Galets. Sable. Serviettes plage séchent sur rambarde perron. Granit. Chats recueillis. Chats affamés. Bière d'artichaud fabriquée à Hong Kong. Points comptés. Tu me manques. Fleurs fanées jetées par fenêtre dans jardin. Gare Morlaix. Déviation. Mer plate. Mer avec moutons. Vent. Mouettes mangent croquettes chats. Caramel au beurre salé. Enfants loin. Inquiètude. Ton bras autour de moi. Cidre. Allume-moi chauffeau, mon chauffeau. Douceur. Peur. Meilleur moment: promenade du soir. Meilleur moment:nuit fenêtre ouverte entendre la mer. Stop. Baisers.
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