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08/05/2015

Comment raconter Casablanca?

pivoines.jpgEn vrac comme ça, voilà: en fait c'est impossible pour moi de photographier Casablanca. Ce n'est pas un endroit qui s'attrape. Dans la rue parfois, un garçon de café passe en portant un plateau avec des verres, une théière et du thé à la menthe, on ne sait pas où il va, et cet homme maigre qui passe pourrait avoir des colombes qui s'envoleraient de son chapeau, on ne sait pas où il va, il apporte on ne sait où, trois rues plus loin, chez quelqu'un ? du thé à la menthe, il marche sur le trottoir défoncé le long du vacarme de la chaussée, dans les coups de klaxon et les accidents mille fois évités. Le soleil brille dans les petits verres sucrés. Qui pourrait photographier ça: la circulation, le vent, l'odeur de la mer au fur et à mesure qu'on descend le boulevard Zerktouni, au loin le phare de la corniche qui se rapproche et le minaret de la grande mosquée ?

J'y ai 61 ans, 12 ans, 13 ans, 14 ans. Je passe boulevard Mohammed V et là c'était l'immeuble de ma professeur de piano, Madame Chapalay. Elle s'appelait Sophie Elisabeth et disait qu'elle adorait son double prénom car les initiales faisaient Son Excellence. Elle était très vieille à l'époque mais sans doute bien moins que moi aujourd'hui. Dans le jardin public aux fleurs de Cana, juste derrière le centre culturel français, tout m'est revenu, le frère que je m'inventais sur le chemin du lycée, la mini jupe verte avec une grosse ceinture à boucle, que Maman m'avait faite, et là c'était le petit marchand de journaux où j'achetais pour elle l'Echo de la mode. Juste à côté le marchand de couleurs a disparu. Et ici j'avais vu une jeune fille blonde se tordre par terre dans une crise d'épilepsie qui avait créé un attroupement dont les commentaires m'avaient autant glacée que la façon dont elle semblait possédée par le diable, mais le diable c'était l'attroupement.

J'ai ressenti le même éblouissement en arrivant il y a dix jours qu'à douze ans en arrivant dans ce pays. Je crois que j'adore l'orient.(Marie-Chantal c'est moi) Le Maroc... la Turquie dont je ne connais qu'Istanbul et les rives du Bosphore.. Israël... la Tunisie dont je ne connais que Tozeur et le désert Je m'y sens étrangère mais une étrangeté délicieuse, douce, protectrice. Le garçon de café marche devant, moi derrière, il est ma jeunesse, je le suis tranquillement, il disparait, je sais que je ne peux pas le rattraper, que je ne peux pas le retrouver, que je ne retrouverai jamais ma jeunesse . Je ne suis pas triste, je suis calme, en échange je vois tout, tout, tout. Chaque couleur est intense, chaque palmier est précieux, chaque oranger est sublime, chaque geste, chaque sourire, je suis tellement contente d'être venue et je cherche comment raconter ça.

 

 

Commentaires

En ne racontant pas Casablanca, tu le racontes très bien. Une ville, c'est vrai que ce n'est pas que ce qu'on voit, ce sont les gens, les odeurs, l'atmosphère, tout un ensemble qui la rend unique. En plus, pour toi, s'y mêlent des souvenirs d'enfance, sans doute une pointe de nostalgie.

Écrit par : Julie | 09/05/2015

Il pourrait y avoir de la nostalgie c'est vrai, mais ce n'est pas le cas. C'est ...je ne sais pas quoi !

Écrit par : Sophie | 11/05/2015

Tu le racontes très bien, avec beaucoup de délicatesse. Pas besoin de photos avec tes mots.

Écrit par : sabine | 09/05/2015

Merci mon indulgente !

Écrit par : Sophie | 11/05/2015

Ne cherche plus, tu l'as si bien racontée!

Écrit par : Fanfan | 09/05/2015

Merci aussi Fanfan !

Écrit par : Sophie | 11/05/2015

Tu n'as pas à retrouver ta jeunesse, tu la portes en toi d'une si belle façon.
Tu es un peintre en lettres, Sophie, on a tout vu et tout senti.

Écrit par : la Mère Castor | 11/05/2015

"Un peintre en lettres" c'est trop beau ça !

Écrit par : Sophie | 11/05/2015

Bonjour
vous soulevez un très bon souvenir de mon adorable prof de piano à Casablanca. Une femme âgée en effet mais tellement gracieuse et d'une classe..... J'adorai mes cours de piano avec elle. Puis elle est décédée et j'ai essayé de continuer avec une jeune professeur à l'Oasis prés de chez moi....mais le charme n'a pas pris.
Cette semaine, après plusieurs années à me dire que je vais reprendre la musique, j'ai décidé d'acheter un piano électronique. Ma première pensée est revenue à Mme Chapalay, je me disait qui peut bien penser encore à elle?? Alors j'ai tapé 3/4 mots sur Google.. Et bien oui, d'autres personnes en garde un souvenir ému... merci pour ce moment de souvenir et cette nostalgie remise en exhergue...RENAUD

Écrit par : dussaillant renaud | 11/08/2015

Quelle belle rencontre, entre tes souvenirs et ceux de Renaud....
C'est épatant, internet (oui, je sais, je radote)

Écrit par : Julie | 11/08/2015

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