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01/10/2016

Une conversation

Hier matin, une femme s'asseoit en face de moi dans le train (de banlieue). Elle a je pense quelques années de moins que moi. Elle a le visage rond, elle est bien habillée, élégante d'une élégance très discrète, elle a l'air douce et sûre d'elle, très posée. A vue de nez, c'est une cadre supérieure, petites lunettes rondes, ça se voit qu'elle part travailler, d'ailleurs dans le train de 7 heures on ne part pas faire un bridge ou du shopping. Elle sort un gros livre de son sac et commence à lire. Il me semble voir un titre anglais. Deux stations plus loin, un homme s'asseoit à côté d'elle. Je suis dans le sens de la marche. Ils sont en face de moi. Tiens, ils se connaissent. Je regarde l'homme. Il a le même âge. Costume sombre, chemise blanche rayée, lunettes rectangulaires, monture en écaille foncée, l'air satisfait de lui, voix presque indiscernablement mais néanmoins réellement un poil traînante, un tout petit peu affectée. Cadre supérieur, genre cadre dirigeant. Un très court instant, ça semble les contrarier de s'être rencontrés, de devoir faire la conversation. Il y a un petit silence après leurs bonjours. Elle range son livre dans son sac avec politesse et dit : "Ma fille me l'a recommandé, elle dit que c'est un chef d'oeuvre". La politesse pour lui consisterait à demander de quoi il s'agit, ou du moins quel est l'auteur, etc. Mais il ne le fait pas. Très vite ils parlent de travail.Je n'entends pas tout, mais disons grosso modo que j'entends 80% de ce qu'ils disent. Lui soupire légèrement: "Je passe la moitié de mon temps à produire des chiffres...", elle le coupe avec une légère gaité: "et l'autre moitié à les présenter" dit-elle. Il la reprend avec une froideur réprobatrice, elle se le tient pour dit, je suis certaine de l'entendre penser" toujours aussi désagréable", elle ne l'interrompra plus, non par soumission mais pour ne pas lui offrir d'angle de domination dans la conversation.

"Et l'autre moitié -reprend-il-à justifier mes chiffres qui sont contredits par le service d'à côté". ...On voit ça d'ici. Je n'entends plus quelques instants, puis ils parlent d'un gars. Elle: "On avait l'impression qu'il foutait pas  grand chose, mais quand il y avait une connerie, il mettait directement le doigt dessus". Ont-ils été collègues? Amis d'enfance? Mari et femme? Je me demande s'ils vont descendre à La Défense. Les voilà maintenant qui se plaignent des trains: "Hier, toutes les entrées du RER étaient barricadées" dit-elle. Puis elle dit qu'heureusement, elle n'a plus d'enfant jeune et que c'est un souci de moins quand il y a des problèmes de transports (je le dis aussi tout le temps). Lui fièrement: " Moi les filles sont autonomes", comme s'il n'avait pas écouté qu'elle disait la même chose. Il ajoute après un silence "..Mais quand même je fais des allers retours vers des piscines de banlieue". Apparemment, ses filles font des compétitions de natation et elle est au courant. Lui "ça fait un an et demi qu'elle est inscrite au code" (tiens, on dirait qu'il parle de Louise !). Il a un beau cartable en cuir posé sur les genoux. Elle soudain: "Tu te rappelles quand tu l'avais passé?" Ah oui, ils se connaissent depuis très longtemps. Il parle du code qui donne du fil à retordre à sa fille. Il dit que les choses à savoir sont absurdes et pas faciles à retenir, que déjà autrefois c'était comme ça. Elle, posée, sérieuse, pragmatique: "J'ai appris et c'était réglé". Genre ya pas de quoi en faire toute une histoire si on s'y met. Il soupire "..Si elles te piquent ta voiture pour sortir le soir..." On sent le mec dont la préoccupation, dans la vie, c'est "de pas se faire avoir". Elle: "ça elles le font pas", puis vacharde: "T'as qu'une voiture?". Je n'entends pas sa réponse. Puis ils ont changé de conversation. Lui: "ça se remplit" en parlant du wagon. Elle, qui décidément lui tient tête" C'est le premier wagon" (genre: tu parles pour ne rien dire).

Un silence. Il regarde le plafond. "J'ai toujours une place assise" dit-elle (je l'adore, elle dédramatise tout). Lui, brusquement: "Et toi ce week-end tu reçois?"( ton très bourgeois).  Cette conversation est un duel. "Pas du tout" répond-elle. Sous-entendu: et je t'emmerde. Je n'entends pas à nouveau, puis je crois qu'elle l'a relançé sur son travail. Lui "A Val d'Europe...toute l'année...30% par rapport aux magasins de déstockage". Elle : "Oui, j'ai vu sur internet les enseignes". Malgré qu'elle dise qu'elle a vu, il énumère avec gourmandise: "Givenchy... Céline..y avait Azzaro mais ya plus... Armani..." Il ajoute "C'est une architecture de village". Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il fait. Il dirige une banque, c'est lui qui décide des investissements? Elle, mutine: "Le RER va vraiment dedans?". Il trace alors un schéma sur son cartable. Ils ont les mêmes yeux marrons. Elle "Elles sont géniales leurs chaussures".Il ne répond pas. Elle: "Tu chausses du combien?" (là je rigole trop intérieurement). Le train arrive à Saint-Lazare. La dernière phrase de cette conversation, enfin, la dernière que j'entends, c'est lui qui la prononce: "Il y en a qui ont la réputation de tricher".

Commentaires

Il m'a l'air du genre imbuvable, ce type.b

Écrit par : Julie | 02/10/2016

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