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02/02/2015

"Pars"

photo1quai-1f768.jpgEn vrac leur différence de taille, très belle, leur différence d'âge. Elle (Michèle Morgan) a 17 ans au moment du tournage en 1938 , il (Jean Gabin) en a 34. Elle, son personnage, Nelly,  sa grande douceur, son amour de vraie amoureuse - "Pars" lui dit-elle quand il va partir au Vénézuela alors qu'elle aurait pu lui dire "reste", mais elle dit "pars", elle le pousse à partir. Le noir et blanc traversé de phares de voitures. Le petit chien tendre et collant dés le début. Tous les personnages, absolument tous, extraordinaires, tous les rôles. J'ai pleuré à la fin avant que Gabin meurt. Comment il se moque d'elle au début. Comment il boxe les méchants, comment il leur parle. "T'es tout pâle, tu perds tes arêtes" !  Les chapeaux, le galurin de soldat, le chapeau de "monsieur" ensuite, son béret à elle, ses jambes, et la façon qu'il a d'allumer sa cigarette, de fumer, c'est peu de dire qu'il est un bloc de virilité et elle un océan de féminité, une sirène, et Michel Simon ! Ce méchant qui fait de la peine, qui dit que personne n'aime sa tête, et la terreur qu'il inspire parce que son désir pour Michèle Morgan écrase tout, est horrible, et en même temps on se dit comme lui en effet, quelle injustice !, pourquoi son désir à lui serait horrible? On ne s'ennuie pas une seconde. Le port est magnifique. Toutes les répliques sont merveilleuses. Toutes ces répliques sur poser des questions, ne pas les poser, y répondre, ne pas y répondre."Qu'est-ce ça peut te foutre toi?", être seul, être aimé, la jalousie, l'horrible jalousie (je déteste la jalousie), et puis l'homme qui a déserté (le mot "déserteur" avait parait-il été interdit, il ne fallait pas l'entendre dans le film). Gabin fuit on ne sait pas quoi, Morgan on sait bien quoi. A cette époque les femmes n'étaient pas chiantes. A cette époque l'amour c'était toujours, et en même temps ils passent la nuit ensemble, c'est ça qui est trop beau. Elle a une espèce de chemise de nuit ravissante, un déshabillé en soie et en dentelle. Quand elle éclate en sanglots en apprenant dans le journal la mort du vilain Maurice, il la console tendrement au lieu de lui faire des reproches.

Je crois que le moment le plus déchirant c'est quand le petit chien attaché sur le cargo qui va partir au Vénézuela tire sur sa laisse, et part à toute vitesse, ventre à terre à travers le bateau, saute sur le quai, part retrouver Gabin. C'est incroyable comme c'est filmé. C'est vraiment l'image de tout le film: être emprisonné, et soudain se dire qu'on peut tirer de toutes ses forces sur sa laisse. C'est ce que le déserteur a fait, ce que Nelly fait. Je comprends tellement ça, c'est tellement pas facile, et puis on le fait, on s'échappe. Et puis on court retrouver ceux qu'on aime, ceux qui ne vous font pas peur.

Le peintre qui se suicide en allant exprès se noyer comme Virginia Woolf est entrée dans l'eau, est un personnage magnifique. C'est ça Quai des brumes: on en ferait aujourd'hui 30 films ! Et Panama, cette cabane où chacun est accueilli comme il vient. Comme on devrait tous faire.

"Embrassez-moi" dit-elle, puis quand il l'a embrassée "embrasse-moi", du vous au tu, ses yeux, son cou, à elle, les lèvres minces de Gabin, si désabusé depuis le début du film et son arrivée en camion-stop au Havre, et dont on ne sait pas s'il tombe vraiment amoureux de Nelly, peut-être, peut-être pas. Elle, oui, On n'a jamais vu aussi bien dans un film la différence entre son amour à elle qui n'a rien à perdre et ses sentiments à lui plus vagues, qui a à perdre la vie, l'honneur, on sait pas, il n'est pas suicidaire. Par moments on a l"impression qu'il est un peu demeuré. Fort d'être bête. Mais il n'est pas bête, il a juste de la brume dans la tête. Il le dit d'ailleurs au début du film. On est brumeux comme ça, tous. Vaseux. On essaie de fuir. On a de la brume dans la tête. On se défend des tueurs et des ordures comme on peut. On partirait bien au Vénézuela. On a peur. On revient sur ses pas. On se fait zigouiller en pleine rue. C'est comme ça. Dans l'obscurité et dans la lumière.

 

 

Commentaires

Comme tu en parles bien ! c'est vrai que ce petit chien qui casse sa laisse pour aller retrouver Gabin, et à ce moment là, Gabin est mort, c'est déchirant. L'amour inconditionnel de ce chien pour son maitre élu, c'est magnifique. Prévert a une tendresse pour les petites gens, pour les victimes de la vie, et Carné aussi, on n'a jamais rien fait d'aussi beau que leurs films, c'était vraiment une rencontre magique.

Morgan était vraiment en vrai amoureuse de Gabin, et lui en était fou, il est allée la rejoindre en Amérique, mais elle l'avait déjà oublié.....

Écrit par : Julie | 03/02/2015

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