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08/01/2015

Dévitalisé

Je ne "SUIS" évidemment pas Charlie.Et ils ne "sont" évidemment pas Charlie.  J'ai lu Charlie- Hebdo chaque semaine pendant trois ou quatre ans comme je lisais Pilote les années précédentes et Actuel ensuite, avec ses feuilles de cannabis qui décoraient les marges.. A l"époque où je lisais Charlie-Hebdo je lisais -avec ferveur- la chronique de Cavanna en premier et je croyais en l'an 01 de Gébé qui disait que tout le malheur venait de ce que nous avions besoin d'usines qui fabriquent des langues de chat (c'est l'exemple qu'il prenait).  Charlie-Hebdo prônait la vie pauvre, la non-consommation, à une époque de grande consommation, c'était avant le premier "choc pétrolier". J'aimais bien Cabu et la tendresse de ses dessins de Catherine aimée du grand Duduche. J'aimais Reiser et sa vindicte contre "les beaufs". Et je trouvais en même temps Charlie très misogyne. Ne parlons pas d'Hara-Kiri, si gaudriole française.

Au boulot hier, c'était comme au théâtre. "Dix morts". Une porte s'ouvrait dans un bureau "Onze morts" et ensuite la porte à nouveau: "Douze morts", comme si chaque nouvelle mort annoncée confirmait l'horreur.Comme des buts dans un match.  Ensuite il y a eu: "Et Bernard Maris". Horreur des morts réelles, horreur de ce que je ressens chez les autres, cette jouissance morbide.

Le soir à la télévision, Hollande dans son rôle de président. Cazeneuve , dans un incroyable manteau matelassé. Philippe Val, anéanti. et dont on entendait  dans sa douleur quelque chose de notre mort rétrospective. Car il y a quelque chose de, disons pour faire vite, surréaliste, à voir Charlie-Hebdo qui incarnait l'insolence, l'idée d'un monde différent, non pas projeté dans l'avenir, mais parallèle, en un sens underground -ce mot qui ne correspond plus à rien- porté aux nues par cette Nation soudain rassemblée et ce deuil commun dans lequel il y a cette précipitation suspecte à se jeter (Charlie, Lady Di, etc, la pulsion de mort à l'oeuvre). Charlie, dévitalisé depuis si longtemps -vous connaissez un jeune de 20 ans qui achète Charlie-Hebdo, vous?-

PS: ceux qui hurlent pour la liberté de la presse et qui ont refusé  avec fierté de vendre le livre de Trierwiller ! Quelle mascarade.

2ème PS: je suis Pomme d'Api.

 

Commentaires

J'ai peur. L'horreur, la barbarie, on savait, oui, mais ailleurs, plus loin. Comment a-t-on
pu croire bêtement qu'elle ne viendrait pas chez nous ?

Depuis hier, j'ai l'impression de vivre un cauchemar.

Écrit par : Julie | 08/01/2015

Sophie, tu as bien sûr raison d'élever le débat (tu nous y a habitués!), mais même s'ils n'ont jamais entendu parler de Charlie, de Wolinski, de Cabu (oh, le doux Cabu!), je me réjouis de voir des jeunes dans la rue… enfin!
Et puis dis nous. Que faire? Pleurer en silence? Parler d'autre chose? Comment ne pas participer à la "mascarade"?

Écrit par : marie | 08/01/2015

"Mascarade" : j'évoquais les contradictions de ceux qui ont conspué Trierwiller et traîné son livre dans la boue, et invoquent aujourd'hui avec force simagrée la liberté d'expression.
Sinon Marie tu dis "que faire?" Mais, loin de moi, l'idée de penser savoir ce qu'il faut faire ! ou de le dire sur ce petit blog. Ce billet exprime simplement une répulsion que j'ai pour la mise en scène des émotions.

Écrit par : Sophie | 09/01/2015

Je pense comme Marie. Je ressens le même sentiment de dégout que j'avais ressenti lors de l'attentat de la rue des Rosiers...

Écrit par : sabine | 08/01/2015

Mais Sabine, bien sûr.

Écrit par : Sophie | 09/01/2015

(Je suis déçue, je pensais que tu étais POB.)

Écrit par : Marie Belette | 08/01/2015

!!!!

Écrit par : Sophie | 09/01/2015

Ce n'est pas une mascarade, je crois vraiment que nous sommes tous touchés par ce qui est arrivé. Massacrer des personnes qui n'ont rien fait d'autre que dessiner et écrire pour dénoncer tous les obscurantismes, c'est immonde, il n'y a pas de mot.

Les racistes, ce n'est pas chez Charlie qu'il faut les chercher.

Écrit par : Julie | 08/01/2015

Julie tu ne m'as pas bien lue !

Écrit par : Sophie | 09/01/2015

Souvent, je ne sais pas quoi faire, mais aujourd'hui je sais qu'il faut que je continue à aider les jeunes de mon quartier à faire leurs devoirs et expliquer l'importance de l'école et de la connaissance.
Marie H

Écrit par : Marie Hatton | 08/01/2015

Bien sûr.

Écrit par : Sophie | 09/01/2015

Il est possible que je n'aie pas bien lu ton texte, je dois dire que depuis mercredi je suis dans un état second, j'ai tout le temps l'impression que c'est un cauchemar, qu'on n'a pas pu tuer froidement comme ça des personnes innocentes et désarmées. Je me doute que tous les "je suis Charlie" t'agacent, par ce qu'ils ont de systématique et de pas toujours sincères. J'ai vu Patrick Pelloux hier, et j'ai pleuré en même temps que lui.

Écrit par : Julie | 09/01/2015

Je comprends très bien Julie.

Écrit par : Sophie | 10/01/2015

Les commentaires sont fermés.