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22/12/2014

Le goût du vin

7_766bg.jpg...Donc le 1er décembre il neigeait, le 5 Romain Gary est mort, le 8 John Lennon a été assassiné.  Au rayon Vie Pratique  ne travaillait pas seulement Pudespieds. Il y avait une quantité d'autres vendeurs. Ce n'était pas encore le temps de la réduction des effectifs. Les affaires battaient tellement leur plein que les samedis de décembre les portes du magasin fermaient pour ne pas laisser entrer trop de clients ! Il y en avait tellement que c'était dangereux pour la sécurité.Vous imaginez ça ? Un commerce qui ferme au nez la porte aux clients?

Il y avait donc aussi Chabi. Je n'ai jamais su si c'était son prénom ou son nom.Il était tunisien et extrêmement gentil. Il m'avait dit "Quand j'irai prendre ma retraite en Tunisie, tu viendras t'installer avec moi. Tu n'auras pas à travailler. Tu ne seras pas ma femme t'inquiètes pas. Mais tu es trop gentille pour travailler. Il faut que tu vives au soleil près de la mer sans te soucier de rien". Chabi était une bulle de réconfort pour moi. En cas de difficulté avec un client, il se précipitait pour s'interposer pour que je n'aie pas de problème, il m'aidait à porter les cartons,  il me protégeait. C'est affreux, je l'avais oublié. C'est en écrivant ces lignes que je me suis souvenue de lui et sans doute que je ne mesurais pas, même si sa présence me rassurait, à quel point cet ange gardien me faisait du bien. On ne peut pas dire que je lui ai rendu grand chose. Ma timidité et ma frayeur de tout m'y rendaient complètement inaptes.

Je me souviens du best-seller de ce Noël-là, en tous cas à la...Vie Pratique, c'était un coffret rempli de petites fioles et qui s'appelait Le goût du vin, d'Emile Peynaud. J'ai revu ce coffret que je n'avais pas vu depuis 34 ans, dans une autre Fnac il y a un mois. Emile Peynaud est un oenologue et un chimiste qui est né en 1912. J'imagine qu'il avait dû passer à Apostrophes et que Pivot , amateur lui aussi de bordeaux, l'avait rendu célèbre. Je viens de vérifier et c'est exactement ça.

A cette époque les clients téléphonaient beaucoup, pour savoir si un livre était là ou même pour demander des conseils. Une fois une dame avait appelé pour demander la recette des profiterolles, gourde comme j'étais je ne savais pas que j'aurais pu ne pas accéder à sa demande, mais les clients me faisaient trop peur, et je lui avais dicté toute la recette des profiterolles trouvée dans un des livres de cuisine du rayon,  au téléphone ! Je crois que Pudespieds m'avait passé un savon.

A cette époque les représentants couvraient les vendeurs de cadeaux, des corbeilles de chocolats, de fruits confits, du champagne. Des pots mémorables avaient lieu dans les réserves pendant le temps de travail et très souvent les vendeurs étaient ivres morts, chantaient, fumaient, s'embrassaient, laissant dans l'euphorie de Noël où les livres se vendaient tout seuls, les clients se débrouiller. enfin...se débrouiller avec moi qui n'avais ni l'envie ni l'audace de picoler avec les autres dans les coulisses. J'avais mes jambes de 26 ans, j'étais infatigable, j'étais portée par la foule et par cette gaité qu'on ne peut pas imaginer maintenant du personnel, qui n'était absolument pas encadré, surveillé. D'ailleurs les chefs faisaient pareil. Ils n'étaient pas les derniers à s'envoyer des coups derrière la cravate soit dans les réserves soit au bistrot d'en bas qui comme plein de bistrots avait été surnommé L'Annexe.

Pourquoi tous ces cadeaux de la part des représentants? Parce qu'avant d'être vendeurs, les vendeurs étaient acheteurs, c'est à dire achetaient les livres aux éditeurs, et avaient quartier libre, chèque ouvert pour constituer leurs rayons.

Avec beaucoup de compétence la plupart du temps, mais il y avait aussi des dingues. Je me souviens d'un gars au rayon jeunesse où j'ai travaillé ensuite, qui avait commandé par 10 exemplaires chacun des livres de poésie pour enfant des éditions Ouvrières qui bien sûr ne se vendaient absolument pas.

Compétents mais souvent mal embouchés avec les clients. A part Chabi hein. Un vendeur du rayon Histoire répondait avec suffisance, l'air hautain, ulcéré,  et invariablement, aux clients qui venaient chercher un livre sur François 1er, Henri IV ou Louis XIV: "Je ne suis pas royaliste moi Madame, Monsieur, adressez-vous à un collègue" .Il ajoutait aimablement: "S'il vous répond".

PS: le billet précédent où je raconte que je vendais plein de livres ne se passe pas du tout à cette époque de mes "débuts", vous l'avez deviné. A mes débuts, je pataugeais.

 

 

 

 

 

Commentaires

Ton histoire de profiteroles m'a bien fait rire. J'ai une petite critique tout de même : je trouve le passage sur les cadeaux et la fête du personnel un peu brouillonne...

Écrit par : sabine | 22/12/2014

Ce n'est pas la fête du personnel, c'était des pots improvisés, complétement "sauvages" et interdits dans l'absolu, c'était brouillon comme mes billets le sont en général !

Écrit par : Sophie | 23/12/2014

tu sais Sophie ton billet d très beau ta vie a été magnifique malgré ta fatigue la mienne et ça va bien enfin de la tienne déo

Écrit par : jos | 23/12/2014

C'est super, ta vie à la FNAC. Oui, c'est vrai, en ce temps là, les vendeurs pouvaient se permettre d'être hautains, ivres, les choses ont bien changé. (enfin, pas en bien, naturellement). Maintenant c'est la lutte à mort, les réductions de personnels, les actionnaires qui sont de plus en plus gourmands.....

Je me souviens d'une copine qui voulait acheter une robe pour le mariage de sa fille. La vendeuse l'avais prise de haut, car elle ne voulait pas aller dans le rayon "presque haute couture" du magasin. Le magasin a fermé, la copine a bien vieilli, sa fille est grand mère....

Écrit par : Julie | 23/12/2014

C'est une époque où je me suis beaucoup amusée et qui m'a peu à peu libérée de ma folle timidité !

Écrit par : Sophie | 23/12/2014

Puedespieds aurait pu profiter du savon pour se laver, il en avait plus besoin que toi.

Écrit par : la Mère Castor | 23/12/2014

Où est Pudespieds aujourd'hui, ce vieux garçon triste et désagréable? ça me peine pour lui, j'ai un peu honte quand j'écris des choses comme ça, c'est si facile de tirer sur une ambulance ou dire du mal de Pudespieds.

Écrit par : Sophie | 23/12/2014

J'adore tes commentaires et le récit d'une partie de ta vie ; la mienne (de vie( est bien plate face à ce tourbillon dans lequel tu vis, bien que ce soit difficile j'en conviens

Écrit par : jos | 24/12/2014

Le travail à la fnac, ce n'est pas ma vie actuelle hein !

Écrit par : Sophie | 26/12/2014

Les commentaires sont fermés.