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31/01/2014

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310120143292.jpgHenri_Matisse,_1916-17,_Nu_(Lorette_allongée_sur_fond_rouge,_Sleeping_Nude_on_a_Red_Background),_oil_on_canvas,_95_x_196_cm,_Private_collection.jpgLorette allongée, Matisse, 1916

Ses pulls

imf_co10.jpgJ'ai été très amoureuse de Cavanna qui est mort hier. Pas le Cavanna de ses livres, je n'en ai pas lu un, mais le Cavanna de Charlie-Hebdo quand j'avais entre 17 et 20 ans, très amoureuse je vous dis, mon premier amour. Enfin non, avant il y a eu Gérard Klein quand il n'était pas encore instit, Gérard Kein que j'écoutais à la radio en 1968, Gérard Klein c'était sa voix.(Je ne vous ai jamais raconté ça? Vous voyez, vous ne connaissez pas tout de moi !) D'ailleurs non quand j'y pense, avant il y a eu Jean-Claude Killy, pour ses merveilleuses chroniques toutes les semaines et sa voix, - vous connaissez le journal où il écrivait et la radio où il parlait? non bien sûr je rigole, pas pour ça, mais pour l'exploit ! pour la neige! pour la glissade et les virages sur la neige! (je dois à la vérité de dire que j'étais aussi amoureuse d'Annie Famose, mais qui se souvient d'Annie Famose  ?!?-si ça se trouve je l'ai inventée; tiens je vais aller regarder...Non non, je n'ai pas rêvé, Annie Famose existe, Annie Famose on l'aimait parce qu'elle avait l'air d'une fille tandis que Marielle Goitschel avait l'air d'un garçon ). De qui j'ai été amoureuse aussi? De Paul Newman, de Mike Brant, de Michel Lancelot, de Sylvie Vartan. Oui ! Bien sûr.

Mais de personne comme Cavanna. Les plus beaux pulls du monde. Des grands pulls où c'était sûr qu'on était délicieusement bien contre, s'il refermait les bras sur vous. Regardez les photos si vous ne le connaissez pas. Il est mort hier, il avait 90 ans, il était grand, magnifique, sublime (mais ensuite quand j'ai entendu sa voix, je n'aimais pas sa voix). Donc ses pulls. Il écrivait chaque semaine une chronique de mode, sur les pulls, dans Charlie-Hebdo. Je ne savais pas à l'époque qu'il l'avait créé avec Choron. je ne lisais pas Hara Kiri, sous-titré génialement  "journal bête et méchant" (dans mon souvenir il était plein de photos de filles nues, j'étais très à cheval sur ça, si je puis dire, enfin non mais si sans doute, c'était quand même une sacrée bande de misogynes, et vous savez ce que je pense: "Révolutionnaires de tous les pays qui lave vos chaussettes?"), je savais qu'Hara -Kiri existait, que c'était lui aussi mais je fermais les yeux. En fait à l'époque le monde était comme ça: Cavanna c'était le gentil, Choron c'était le méchant ! (Pourtant aujourd'hui je pense que j'aimerais mieux Choron. Cavanna avait, même autrefois -il l'a toujours eu je crois- un petit côté...un petit côté....comment dire?"je me prends quand même un peu au sérieux" que Choron n'avait pas du tout. Pas du tout étonnant qu'en 1978 il ait dit "Ta gueule !" à Bukowski sur le plateau d'Apostrophes. Cavanna avait ce côté "je sais ce qui est bien ou pas", qui lui faisait faire finalement la police sur ce plateau alors que rien ne l'y autorisait ! Bukowski dira ensuite qu'il avait bu car c'était horrible ces gens en rond en train de parler de leurs bouquins ! je comprends tellement ce qu'il voulait dire ! Cavanna c'est l'élève brillant, chahuteur en chef ,qui le jour où le prof lui dit de faire un exposé,ne supporte pas qu'un autre élève puisse être un quart de millième aussi insolent avec lui qu'il l'est cent mille fois plus avec le prof et tout le monde ! (Les anars sont toujours un peu comme ça, non?)

Mais la chronique de Cavanna chaque semaine, c'était un immense air frais, une sorte de sauveur, et un formidable plaisir de lecture , bien que je ne me souvienne pas de ce dont il parlait ! Je le lisais avec révérence, reconnaissance, admiration, et pensais à lui comme à un idéal masculin (jusqu'à 20 ans j'ai eu un idéal masculin, ça m'a passé vite hein !). Avec ses grands pulls, ses grandes moustaches, ses grands bras, sa grande gueule, et ce truc bizarre de tendresse qui se voyait entre chaque ligne, il incarnait l'idée d'une autre vie possible, une vie intéressante, large, ample, libre, une vie où on pourrait se dresser contre la connerie, dire son fait à tous les cons. Oui voilà c'est ça: dire, se moquer, rire, ne pas se taire, et n'être embrigadé par rien.

La seule chose dont je me souvienne avec précision-  c'est qu'il avait écrit un jour, que rien, aucune combinaison, aucun raffinement, aucune débauche, oui il avait dit quelque chose comme ça,  ne remplaçait la simplicité de faire l'amour dans son lit, avec le soleil d'une belle journée, qui rentre par la fenêtre. C'était beau.

 

29/01/2014

Les confidences nocturnes de Jimmy

270120143288.jpgJe m'appelle Jimmy. Je suis lugubre et tendre. Je ne m'énerve jamais. Je mange beaucoup. En arrivant, j'ai eu peur dans cette nouvelle maison. Enfin, maison. Je me comprends. C'est exigu un appartement quand on a connu une maison aux mille recoins charmants. Je vivais avec 3 chats mais on avait nos aises. Ici il y a un chat, une chatte même. Au début elle n'avait pas l'air ravi, mais au bout de deux jours elle ne grognait plus. Par contre elle veut jouer avec moi, et moi je ne veux pas, jouer ça m'emmerde, ça sert à quoi? Elle me mordille les fesses, elle me respire les fesses, elle me donne des petits coups de patte pour rigoler, elle me provoque, elle me saute par-dessus. oui ! Elle me saute par-dessus. Elle est très puérile. Pas méchante. Mais chiante quand ça lui prend. Je reste de marbre. Je fais mine de lui rendre quelques coups si elle dépasse les bornes, mais c'est d'un ennui ! C'est vraiment pour être poli. Le reste du temps ça va: on dort tous les deux. Ou alors les humains nous caressent, nous parlent, ils sont assez puérils aussi, mais grosso modo sympathiques. L'autre chat a un nom à la con. Absinthe. C'est d'un snob. Soi-disant qu'elle s'appelait déjà comme ça quand elle arrivée ici. Elle dit aussi qu'elle est tombée du 9ème étage. N'importe quoi pour se faire mousser. Je ne la crois pas. Elle dit qu'elle est tombée parce qu'elle a vu un pigeon trop beau qu'elle voulait suivre. Des fariboles, j'ai dit. Un pigeon ! Comment elle peut trouver beau un pigeon ? Ce qui est beau c'est la bouffe. Moi j'adore la crème des bouchées à la reine. Ils sont comiques ici. La plus vieille c'est la plus gentille, la plus calme. Elle est pour me donner la crème des bouchées à la reine. Les autres, les jeunes, ils hurlent. ils ont des principes disent-ils. C'est des grands comiques. Je dois dire que j'ai pas mal appréhendé qu'ils m'aiment moins que l'autre chat, la mythomane là, qui croit qu'elle a ressuscité du 9eme étage. Mais non, ils sont des plus corrects. Ils ne me font aucune remarque sur mes prouts. L'autre ne proute jamais. je sens moins bon qu'elle, et je suis moins rigolo et je pèse cent kilogs, mais je crois que ça y est ils m'aiment vraiment. Ils s'émerveillent de toutes mes particularités, de mes miaous par exemple (je dis beaucoup mi-a-ou, en articulant bien, comme un vrai chat.) ou que je fasse pipi avec beaucoup de bruit, et de mon flegme. Je suis en effet assez flegmatique. Je ferai ceci dit remarquer que peut-être je proute, mais je ne vomis jamais. L'autre est une vomisseuse hors pair. Sinon bon, ça va. Je pense beaucoup à ma maîtresse de ma vie d'avant et elle me manque . Je sais qu'ils pensent aussi beaucoup à elle. Je pense tous les jours à la mort. La gentille m'a dit qu'elle y pense tout le temps. Sans cesse. On fait des gros câlins des fois. Elle soupire "Et dire que je n'aimais pas les chats, que j'avais peur des chats, que je ne voulais pas de chats"... Attention les autres aussi sont gentils. Mais ils sont plus vivants. Ils me bousculent un peu. Ils sont bien plus jeunes qu'elle. Plus joueurs. Moi j'ai 7 ans. Quand je la vois rentrer le soir, quelle misère. Ah c'est pas beau à voir. Elle ne tient plus debout. Elle gémit tout le temps sur ses transports. Je ne sais pas comment les autres font pour la supporter. La voir comme ça lessivée, c'est pas gai. Moi je m'en fous, par nature je ne suis pas gai. Je ne vois pas quelle raison j'aurais d'être gai." C'est un peu le Finkielkraut des chats. " dit-elle.  Bah je ne vois pas le rapport. Elle dit souvent n'importe quoi. Elle écrit aussi souvent n'importe quoi. Dans la journée je jette un oeil sur son blog.L'autre chat est fan. Moi je trouve ça assez ridicule ce qu'elle écrit, les photos qu'elle met, tout ça n'a ni queue ni tête.  Cette façon de se mettre en scène souvent...Cette compulsion de parler pour ne rien dire...Si j'osais, je dirais qu'elle proute ses petits billets... Ceci dit  c'est mieux quand elle parle de moi. Je n'y suis pas complètement indifférent. Je suis touché. Au moins quand elle parle de moi elle ne parle pas de politique. Enfin, politique, niveau zéro de la conscience politique. Des blablas fatigants.

Vous savez quoi? Elle nous prend Absinthe et moi pour ses enfants. Le matin quand elle nous donne à manger à tous les deux, sa raison vacille, elle nous prend pour Vladimir et Louise quand ils étaient petits. Elle aime bien aussi  dire "Jimmy jimmy Jimmy", répéter mon nom,  et sa voix tire dans l'aigu. .Même pas un mois que je suis ici et je connais tous ses travers. Ah j'ai oublié de vous dire aussi pourquoi je suis lugubre: ils n'ont pas la télé. Soi-disant qu'elle est cassée. Ou plutôt pas cassée mais "c'est la box". Donc pas de télé. On se fait un peu chier.On dirait que quand un truc est cassé ils ne le réparent pas. Comme le parquet. Jamais vu ça ! En cassé, ils réparent que les chats. Absinthe dit qu'elle est restée 3 semaines et demi à la clinique des chats après qu'elle soit tombée. Elle a lu Christian Salmon. Une vraie story telling. Et qu'elle s'était présentée aux présidentielles. Elle est marrante. Oui bon, je le reconnais il est marrant ce chat, enfin elle, là, Absinthe. Mais plutôt mourir que de lui dire. Je reste sur mon petit Aventin. J'ai pas envie de souffrir. J'ai envie de dormir. Prout.