19/12/2012

"Je ne ferai pas se pousser l'enfant et je ne me déplacerai pas, chut"

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Evert Pieters (1856-1932)

 

 

Le plaisir complètement physique d'être avec les petits enfants, de leurs joues, de leurs profils, de leurs regards levés, de leur "sagesse" ici, de leurs petits corps tout lisses, tout doux avec leur peau élastique, rebondie, c'est ce que je ressens en premier, cette douceur, cette paix dans ce tableau mas pas du tout désincarnée , les petits enfants et la mère ou la grande soeur mais je ne crois pas, ou une tante, protégés entre les braises du feu, -et un peu plus d'ailleurs que des braises, la soupe cuit (ça m'étonnerait que ça soit des sushis)- et la lumière du jour entre par la fenêtre. Oh la nuque féminine pleine de soleil qui attire les baisers. Et puis ensuite, on voit que le livre est au centre.

Bien sûr je vois l'humidité sur les murs, je vois le sol en terre battue, j'entends les enfants un jour ou l'autre tousser, être malades et seuls les plus forts résister, les autres mourir, et je sens la nuit immense sans électricité et cette fragilité. Mais là c'est la lumière et la paix, le rouille, le vert, et le mauve des habits, et puis ce génie du peintre qui n'a pas laissé voir entier le visage du petit enfant de droite avec un fichu sur la tête, l'enfant qui est assis le plus bas: comme pour dire "je peins ce que je vois, je ne ferai pas se pousser l'enfant, je ne le dérangerai pas, je ne me décalerai pas non plus pour peindre tous les visages, pour tout posséder, non, je reste à distance, je ne vais pas m'emparer d'eux, chut, ne bougez pas, regardez cette simplicité, cette sagesse, cette beauté et ne faites pas de bruit. Heureux les petits enfants car le royaume des cieux est à eux."

Un pas de plus et nous devenons ogres.

 

 

 

 

Commentaires

Tableau qui semble plus ancien que ne l'indique l'époque, fin dix neuvième, début vingtième. J'aime la posture de l'enfant caché, on voit à la courbe de son dos qu'il se penche en avant pour ne rien perdre de l'histoire. C'est une image intemporelle et émouvante.

Écrit par : Julie des Hauts | 19/12/2012

C'est un merveilleux texte et une très belle image. Tout est dit de la grâce qui est donnée à celui ou celle qui a la délicate mission de s'occuper des enfants, sans faire un pas de trop, tu le dis si bien, juste à la bonne distance. Il arrive que ce soit mon cas et même si je suis bien plus vieille que la jeune femme du tableau, je m'y retrouve entièrement. Merci Sophie, mille fois.

Écrit par : la Mère Castor | 19/12/2012

merveilleux texte, vraiment, merveilleux tableau représentant si bien la vie de nos aïeuls, enjolivé par cette belle lumière que eux ne devaient pas recevoir par leurs petites fenêtres, belle scène tendre d'amour,

Écrit par : jos | 19/12/2012

Que rajouter à tous ces éloges? Tu as tout dit. Merci beaucoup pour la photo et le texte, aussi beaux l'un que l'autre, évoquant si bien la fragilité de la frontière entre l'amour et la possession, la mise en garde de la dernière phrase.
Bonne fin d'année, en Provence, on dit "bon bout d'an" à toi et à tout ton club de fans.
Je ferai cette année des fêtes de Noël un peu itinérantes, aussi serai-je peut-être moins assidue dans les commentaires.
Un Noël paisible et joyeux à tous et toutes!

Écrit par : Fanfan | 19/12/2012

Joyeux Noel Fanfan et que cette trève t'apporte de la douceur

bises Jos

Écrit par : jos | 19/12/2012

Joyeuses préparations de Noël à tous et toutes bises Jos

Écrit par : jos | 19/12/2012

Julie, Jos, Fanfan: je suis heureuse qu'il vous plaise

Écrit par : Sophie | 21/12/2012

-la Mère Castor: merci de ressentir si bien ce que j'ai essayé de dire

Écrit par : Sophie | 21/12/2012

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