Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/11/2015

La maison en flammes le soir en rentrant

15 nov.jpg

Je fais partie de ces gens pas du tout anxieux qui partent de chez eux le matin en pensant toujours qu'ils vont retrouver le soir la maison en flammes, que chaque sirène d'ambulance est celle qui transporte leur enfant, qu'ils ne vont pas revoir ceux qu'ils aiment et que chaque déplacement est un risque de mort. Je pense comme ça depuis toujours. Je suis née comme ça.

Je suis née dans l'angoisse, onze ans après la déportation de mon grand-père, conçue par une mère  jamais remise d'avoir attendu des mois son retour sans avoir de nouvelles. Je suis née persuadée intimement de l'existence du mal, du mal dans chacun, du mal dans l'humain, je suis née dans la "nuit et le brouillard" hantée  par les figures nazies, et j'ai grandi ensuite dans la pensée permanente de la crucifixion du Christ. Les deux se sont mélangés pour me faire vivre avec l'imminence du malheur et la pensée continuelle de la mort.

La maladie grave de Vladi quand il était petit, ses nombreuses opérations, et la solitude dans laquelle je me suis trouvée à ce moment-là, n'ont pas arrangé le truc.

Quelques phobies en plus: impossible d'entrer dans une forêt (pas pratique pour les pic-nic), grande angoisse devant les plaines, terreur dans une maison isolée,  j'en passe et des meilleures, bon voilà, cela fait de moi quelqu'un dans mon genre.

Quelqu'un aussi qui depuis toujours ressent la chance d'être dans un pays en paix. La douceur de ne pas vivre sous les bombes. Ni guerre ni guerre civile. Parallèlement je trouve notre société horrible (et toutes les sociétés sans doute). D'abord parce que je suis viscéralement féministe, ensuite parce que depuis toujours je sens dans toutes mes fibres les classes sociales, que je hais les puissants et les bureaucrates, et que je ne fais confiance à personne. A personne. Absolument à personne.

Alors je suis bien étonnée d'entendre ces phrases outragées: "C'est notre civilisation qu'on veut atteindre".

Eh bien oui. Une civilisation ridicule et scandaleuse qui voit un chef d'état aller aux matchs de foot, des joueurs gagner des milliards pendant que les syriens sont coincés dans la "jungle" de Calais, des présentatrices de télé aller aux prudhommes pour gagner des millions, un Vatican pourri par l'argent et le besoin d'honneurs, partout le besoin d'honneurs, les injustices, le chômage fou, l'indécence, la boursouflure. Pffff, ça, une "civilisation" ? Vraiment pas de quoi être fiers.

Bien étonnée aussi à chaque attentat, d'entendre "Maintenant on va devoir vivre avec la peur". Oui. Comme à plein d'endroits dans le monde. Et encore, c'est beaucoup moins.

Alors dans quelle ignorance ou arrogance, dans quel confort, quel aveuglement, vivent ceux qui comme le 11 septembre, le 7 janvier, et avant-hier, ont vu leur monde soi-disant s'écrouler ?

 

 

Commentaires

Je te trouve dure avec ceux qui ne ressentent pas l'angoisse quotidienne de la vie ou ceux qui ne ressentent pas comme toi, le mal omniprésent... On ne choisit pas où l'on nait et comment on est élevé. Tu vas me dire que l'adulte à ensuite le choix de s'éduquer et de s'ouvrir au monde. Mais, l'adulte est tellement conditionné par l'enfant qu'il fut, qu'il reste souvent tel qu'on l'a fait, meurtri ou gâté.

Écrit par : sabine | 15/11/2015

Ce que je voulais dire, c'est, entre autres, mon incompréhension de paroles comme "on ne pourra plus jamais être serein" alors que les malheurs du monde sont immenses- tiens, ne serait ce que ces femmes enlevées par Boko Haram, et c'est une goutte d'eau parmi les horreurs actuelles.

Écrit par : Sophie | 19/11/2015

Bonjour Sophie,
Je ne peux pas écrire sur mon blog en ce moment, mais je vois avec sérénité que des femmes comme vous pensent comme moi, mais vous savez bien le dire....Tout est à refaire, à transformer....si je pouvais me laisser aller à dire tout ce à quoi je pense, il y en aurait plein l'ordinateur..... Trop d'argent inutile est dépensé pour tenter d'aller voir d'autres planètes, alors que tant de personnes sont sans toit, sans nourriture, vivotent sur "notre Terre", la seule, l'unique, celle où nous devons vivre le plus honnêtement possible....Quand viendra le jour où tous les habitants de notre planète auront enfin compris comment il faut vivre??? Une habitante de la Terre qui souhaite une vie meilleure pour tous les Humains....Le rêve d'une nuit..........

Écrit par : meregrand | 15/11/2015

J'aggrave mon cas: je suis pour l'exploration du cosmos ! ça m'émerveille

Écrit par : Sophie | 19/11/2015

Je partage avec vous cette conscience de l'omniprésence du mal dans la nature humaine. Et comme vous la conscience que les valeurs dont on nous rebat les oreilles ne sont que des mots vains. A votre différence, je ne suis pas du tout féministe, bien qu'élevé par deux femmes admirables. Car je vois bien que ce besoin d'honneurs, ces injustices, cette indécence, ces boursouflures, les femmes, dans leur grande majorité, y participent aussi à part égale dès qu'elles en ont les moyens. Le mal humain est plus profond que ces sornettes.
Comme vous, je trouve ridicules ces Grands de ce Monde affirmant que les djihadistes s'en prennent à notre civilisation qui, hélas, n'est plus guère chrétienne, mais sombre en pleine apostasie depuis plus d'un siècle. Les djihadistes s'en prennent au Christ Lui-même, dont il nient le sacrifice saint en en perpétuant avec leur propre corps au nom d'Allah. Au mépris de toute éthique, ils tirent sur des faibles désarmés avec la même fureur que les nazis qui s'en prenaient aux Juifs. Nous avons affaire à une théologie extrême, proprement satanique : voilà pourquoi la laïcité, les valeurs républicaines et tout ce discours à l'eau de rose sera évidemment insuffisant pour lutter contre. J'ose un grand mot : il faudrait les convertir, non pas évidemment aux lois de la République (Valls et ses discours ridicules sur l'assimilation) ni à ses valeurs hypocrites et mensongères dont ils ont fait le tour, mais au sens profond de ce que sont la Messe et la Passion du Christ, et qui rendent tout sacrifice humain inutile.
On ne pourra compter sur les dirigeants que nous avons élus pour ça. Un conglomérat de francs-maçons qui détestent au moins autant le Christ que les salafistes, et qui ne servent que les intérêts des affairistes qui les entretiennent, et dont ils sont les jouets.
Et je crains, donc, qu'il faille se préparer au pire.
Nous reste, et ce n'est pas rien, la Prière.

Écrit par : Solko | 15/11/2015

Merci pour votre commentaire

Écrit par : Sophie | 19/11/2015

Ne désespérez pas, Sophie ! Même si vous avez grandi dans une atmosphère angoissante, n'oubliez pas que la vie est toujours là. A propos de la crucifixion, qui vous a marquée enfant, ce n'est pas la fin : le Christ a vaincu la mort et c'est là l'essentiel, pas la Croix pour elle-même.
La mort n'a jamais le dernier mot, donc ayons confiance en l'avenir, même s'il ne sera pas rose.
Et je reprend volontiers la conclusion de Solko : il nous reste la prière, à défaut d'avoir de bons dirigeants.

Écrit par : Hervé | 15/11/2015

Mais je ne désespère pas pour moi ! J'ai une vie très agréable. Et je pense que j'ai un instinct de vie et un amour de la vie au contraire très élevés ! Là n'est pas la question. Mais les injustices sur terre et la violence des puissants me font viscéralement horreur. L'égoïsme aussi. Et le nombrilisme de la "génération Bataclan" comme a titré Libération, m'écoeure.

Écrit par : Sophie | 19/11/2015

Comme je vous comprends Sophie, je ne crois pas en Dieu, alors, il me reste à attendre que la pluie passe.
Marie H

Écrit par : Marie Hatton | 16/11/2015

Je ne peux rien répondre. Ni à toi, que j'aime tant, ni a Solko, que j'admire pour sa grande intelligence et son talent d'écriture, car je ne suis en total désaccord. Je ne vais pas venir sur le blog pendant un certain temps.

Écrit par : Julie | 16/11/2015

??????????

Écrit par : Sophie | 19/11/2015

Chacun et chacun devrait relire le mythe de Cassandre.

Cassandre était une prophétesse que les dieux avaient punie d'une sombre malédiction : elle continuerait de bénéficier de son don de prophétie, mais nul ne la croirait.

Elle annonçait surtout des nouvelles funestes.

C'est une triste loi de la communication, celui qui annonce un désastre est porté pour responsable du désastre qu'il a annoncé, par tous ceux qui ne veulent surtout pas voir le désastre. Ceux-là en veulent à mort au prophète qui leur interdit le confort du mensonge.

Je ne vois aucune raison de cesser de lire ce blogue.

Écrit par : Tanguy | 17/11/2015

Je ne suis pas Julie, je ne sais pas exactement ce qu'elle a dans sa tête. Je ne crois pas qu'elle en veuille à mort aux prophètes Cassandre, Sophie ou Solko. J'ai l'impression qu'elle est en profond désaccord et peut-être aussi en colère... tellement qu'elle ne trouve pas ses mots.
Ce billet de Sophie me dérange aussi et c'est maladroitement que j'ai parlé et que je parle encore. Je comprends que Sophie voie le mal partout et vit dans des angoisses perpétuelles... Mais je ne comprends pas qu'elle soit étonnée et qu'elle semble condamner la réaction de beaucoup d'autres gens. De ces gens ordinaires qui se sentent touchés ou en danger après un 11 septembre, un 7 janv ou un 13 novembre...

Écrit par : sabine | 17/11/2015

Certes. Ceci dit, je ne me sens en rien Cassandre.

Écrit par : Sophie | 19/11/2015

Je ne suis plus assez jeune, ni assez intelligente pour comprendre tout ce qui s'est passé, tout se qui se passe aujourd'hui, j'attends l'avenir, comme tout le monde et j'essaie de rester lucide....Sur mon blog j'ai toujours juré ne jamais parler ni de religion, ni de politique, et je continuerai, plus tard. En ce moment je suis d'une tristesse que je ne veux communiquer à personne....Chacun a son fardeau à porter, tout seul. Mais je vous aime tous et toutes....M.L.

Écrit par : meregrand | 17/11/2015

Pour toi, Sophie
https://youtu.be/uLsjlOLNnJs

Écrit par : Fanfan | 17/11/2015

Oui, je pense comprendre ce que tu veux dire, Sophie, sur le nombrilisme de la génération "Bataclan". C'est l'exemple même des vies qui semblent compter plus que celles des gens qui sont morts à Beyrouth dans une rue commerçante la veille (mais peut-être à Beyrouth rendent-ils aussi hommage à leurs victimes en ce moment, s'ils ont encore le courage de compter les victimes). C'est peut-être cela qui t’écœure : le fait que nombre de pays sont touchés depuis des années par le danger et que nous avons l'air de revenir de Pontoise en ce moment (Ah bon ? On nous veut du mal ?) Un peuple qui semble avoir redécouvert la peur et le monde extérieur aussi, et les portraits des victimes donnent l'image de personnes insouciantes, alors que peut-être ce n'était pas le cas, peut-être qu'ils étaient bien conscients de tous les problèmes du monde, mais la manière dont on parle d'eux ne donne pas cette impression, c'est bizarre ça aussi. Je comprends qu'on cherche à donner un nom à cette génération (la mienne) des trentenaires qui semble avoir été visée ce soir-là (en même temps c'est quelque chose de notre époque de vouloir donner des noms à tout, la génération y par exemple, on dit qu'on ne veut pas mettre les gens dans des cases, mais on ne fait que ça...) Oui, je n'ai pas compris non plus le commentaire de Tanguy, je n'ai pas eu l'impression que ce blog nous mettait en garde en permanence contre le danger à venir : Attention, des attentats se préparent ! Attention, les détenus se radicalisent dans les centres pénitentiaires ! Attention, des imams incitent à la violence ! J'avais plutôt l'impression que ce blog parlait de Chateaubriand, de Roland Barthes, et du parc de Versailles (et de la couleur du ciel).

Écrit par : fred | 19/11/2015

Et en y repensant je crois même pas que ça soit propre à notre époque de vouloir donner des noms à toutes les générations : avant il y a eu la génération des trente glorieuses, la beat generation, la génération perdue. Et j'imagine même que si le 25 février 1830, soir de la bataille d'Hernani, des classicistes radicaux étaient rentrés dans le théâtre pour tout péter, et en finir avec ces jeunes romantiques dépravés, on aurait titré le lendemain : "génération Hernani" (Bon, ça, comme dirait le professeur Rollin, dont j'ai vu le spectacle récemment, c'est pour vous montrer où se situe la limite du bon goût !)

Écrit par : fred | 19/11/2015

""" Bien étonnée aussi à chaque attentat, d'entendre "Maintenant on va devoir vivre avec la peur". Oui. Comme à plein d'endroits dans le monde. Et encore, c'est beaucoup moins.
Alors dans quelle ignorance ou arrogance, dans quel confort, quel aveuglement, vivent ceux qui comme le 11 septembre, le 7 janvier, et avant-hier, ont vu leur monde soi-disant s'écrouler ? """


Je partage entièrement, Sophie (et tout ce que vous écrivez dans ce billet), d'autant plus volontiers que vous aimez la vie, les gens, les fleurs, les saules tortueux, et que vous n'êtes pas du tout une Cassandre.

Pour moi, ce ne sont ni les plaines (je crois que je vivrais volontiers en Beauce), ni les forêts, ni les maisons isolées ; c'est plutôt les ravins (et je vis au pied des montagnes :)

Portez-vous bien chère Sophie :)

Écrit par : Michèle | 24/11/2015

J'espère que l'article peut se lire sans être abonné :

http://www.humanite.fr/appel-lintelligence-humaine-590500?IdTis=XTC-FT08-A6WUKE-DD-DB1IQ-F5PP

Écrit par : Michèle | 24/11/2015

Les commentaires sont fermés.