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03/02/2015

Ces patrons là, ça va ! Quoiqu'en fait, non!

patron-bleuette-robe-21.jpgwp3427e2b8.png1082352441.JPG952657603.JPG633_001.jpg12855418_p.jpg13790086.jpgarton117-3c43c.jpg16086895.jpgAu musée de la poupée, caché minuscule, tout près de Beaubourg, impasse Berthaud, métro Rambuteau, s'ouvre demain une exposition sur les 110 ans de Bécassine où on verra les poupées de La Semaine de Suzette, le journal de petites filles où paraissait Bécassine avant d'être éditée en album. Le premier n° de La semaine de Suzette date du 2 février 1905.

 

 

 

 

 

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 Je recopie là en-dessous ce texte:

"Paru pour la première fois le 2 février 1905, l’hebdomadaire édité par la maison Gautier-Languereau (aujourd’hui propriété du groupe Hachette) ne s’éteindra qu’en 1960, non sans s’être tu dès le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et pour six ans (1940-1946). Ce demi-siècle de publication s’organise en trois périodes, chacune marquée par leur principale rédactrice en chef : Jacqueline Rivière au lancement, Madeleine-Henriette Giraud dès 1927 et enfin une certaine Mireille à partir de 1950, qui cèdera les derniers numéros à une autre Jacqueline. De ces “Tantes”, rédactrices d’un petit billet hebdomadaire à leurs « chères petites nièces », la plus importante, aux yeux de Marie-Anne Couderc, est certainement « Tante Mad ». Avant elle, Jacqueline Rivière, « joyeuse gouailleuse », publie un journal qualifié de « beaucoup plus populaire qu’on ne l’imagine, voire d’un caractère assez peu distingué » (p. 36). Après elle, « Tante Mireille, puis Jacqueline [...] se préoccupent davantage d’augmenter la liste des abonnements que de faire la leçon aux Suzettes » (p. 35). C’est donc aux années 1927-1940 (avec l’appendice 1946-49) que s’intéresse Marie-Anne Couderc, une période où l’hebdomadaire remplit pleinement son rôle de publication chrétienne et où « le niveau social des lecteurs souhaités s’élève considérablement » (p. 35) : comme aux débuts, l’on vise la petite Française catholique entre 7 et 14 ans, mais en plus, on cible très clairement la bourgeoisie, classe à la fois aisée et cultivée.

 

Ce sont ces choix éditoriaux qui feront le succès des 16 pages de La Semaine de Suzette, au point d’être vendue, dans l’entre-deux guerres, à près de 200 000 exemplaires. Déjà auteure d’un ouvrage sur Bécassine inconnue, aux mêmes éditions CNRS (2000), Marie-Anne Couderc rappelle combien l’option des éditeurs était novatrice. D’une part, Henri Gautier et Maurice Languereau « comblent une lacune évidente à la fois économique et spirituelle » (p. 22) : ils choisissent de cibler le lectorat spécifiquement catholique à une époque où les nombreux titres destinés aux enfants sont essentiellement d’obédience laïque. (L’Épatant, Les Belles Images, La Jeunesse Moderne, Le Jeudi de la Jeunesse...). Ensuite, ils s’adressent au public féminin, une niche très peu exploitée dans la mesure où garçonnets et fillettes étaient jusque là tenus de partager les mêmes périodiques aux consonances davantage masculines (Le petit Français illustré, L’Écolier illustré). Enfin, ils optent pour un rubriquage davantage centré sur la fiction et le divertissement, qui tranche avec les textes moralisants jusque là proposés aux enfants. Deux romans-feuilletons balisent chaque hebdomadaire, auxquels s’ajoutent quelques courtes « nouvelles du monde » à la fois amusantes et instructives, et une ou deux histoires en images (dont Bécassine). Sans oublier le courrier, les conseils pratiques, la lettre de « Tante », des jeux, des bricolages et même quelques blagues. Le tout dans une langue et des illustrations choisies avec soin.

 

Certes, l’objectif de La Semaine de Suzette reste bien l’éducation. Mais l’hebdomadaire a le mérite de remplir cette mission par le rire et la détente. Tout l’intérêt de l’analyse de contenu de Marie-Anne Couderc réside dans ce double constat. Ainsi, thème après thème, l’auteure révèle-t-elle l’implicite modèle social qui gouverne les rédacteurs de La Semaine de Suzette : « Souvent, il faut l’admettre, empreinte de racisme voire d’antisémitisme, [...] plus soucieuse, suivant le mot fameux d’ordre que de justice, plus respectueuse d’hiérarchie sociale que de franche égalité populaire, ce fut, avouons-le, une publication aux critères idéologiques pour le moins équivoques... Et comment ne pas juger son attitude si déplorablement conventionnelle à l’égard de la gent féminine ? » (p. 242). Le constat est sévère, conduisant même l’auteur à juger le journal « manipulateur en diable » (p. 17).

 

Mais le mérite du travail très descriptif de Marie-Anne Couderc est d’être nuancé. Bien sûr, La Semaine de Suzette reflète une époque et une classe sociale. Mais ses rédacteurs sont en outre animés d’un souci réellement parental, voire quasi maternel, du bien-être de l’enfant. Et, ce qui est rare à l’époque, d’une attention toute particulière pour l’être davantage infériorisé qu’est la fillette. Le plan de l’ouvrage suit, en quelque sorte, le plan éducatif dissimulé dans les romans et historiettes imagées de La Semaine de Suzette. Pour intégrer les petites filles au monde d’adulte qui sera le leur, on nomme les choses et on leur donne une place. « Ainsi, La Semaine de Suzette se met-elle en devoir d’expliquer la Création à son lectorat enfantin en définissant inlassablement les quatre ordres essentiels (mondial, national, social, familial) qui la fondent » (p. 42). Suivant cet ordre, Marie-Anne Couderc précise alors les attributs de la France dans le monde et analyse avec force exemples la façon dont l’hebdomadaire distribue les rôles au sein de l’univers bourgeois parental, du pater familias aux animaux domestiques en passant par la gouvernante, le médecin, l’artiste et les paysans. L’ouvrage se ferme sur les principaux traits qui façonnent les héroïnes « bien élevées » auxquels les petites filles sont censées s’identifier, ainsi que sur les châtiments, davantage spirituels que corporels, qui attendent celles qui ne se montreraient pas des « femmes parfaites » en devenir.

 

En définitive, le travail – illustré d’une quinzaine de facsimilés – ravira les nostalgiques de l’hebdomadaire d’antan. Il ajoutera une pierre à l’histoire de la presse enfantine, grâce à une présentation de l’illustré où l’information est hélas parfois trop peu précise (nous y avons cherché vainement la date de fermeture de l’hebdomadaire, ou le véritable nom de Tante Mireille et de la seconde Tante Jacqueline, par exemple). Mais surtout, il donnera à lire une analyse de contenu parfaitement organisée thématiquement, et très révélatrice des préceptes éducatifs d’une époque. À ce titre, elle intéressera forcément les chercheurs soucieux d’approfondir leurs connaissances en matière de représentations sociales, familiales et médiatiques des femmes (et des jeunes filles).

 

Que ces représentations rendent compte des principes structurant la société bourgeoise de la Belle Epoque pousse inévitablement le lecteur contemporain à se poser la question de la réception. Car parmi les lectrices de La semaine de Suzette, il en est forcément qui vécurent activement les revendications féministes de l’après seconde guerre mondiale. Serait-ce par détestation des principes rabâchés par l’hebdomadaire et la classe bourgeoise bien pensante qu’il servait ? Marie-Anne Couderc n’aborde pas cette question, au cœur de nombreuses gender studies. Mais si l’on en croit les dernières lignes de sa conclusion, il semble tout de même qu’elle y ait réfléchi. Dans La Semaine de Suzette, écrit-elle, « il y a des paresseuses, des menteuses ou des coquettes, mais on n’est jamais, dans ses feuilles, une petite fille désespérément, irrémédiablement sotte : travailler et réfléchir représentent la source de tous les succès » (p. 242). En filigrane, l’auteure semble donc persuadée d’un effet bien plus subtil : et si l’hebdomadaire avait préparé quelques-unes de ces Suzette à penser par elles-mêmes ?"

 

Laurence Mundschau, « Marie-Anne Couderc, La Semaine de Suzette. Histoires de filles », Questions de communication: http://questionsdecommunication.revues.org/7418

 

Commentaires

Quand j'étais petite fille, je lisais "Lisette", un peu le même genre que Suzette, on avalait tout comme argent comptant, et en y réfléchissant, je me rends compte que cet hebdomadaire était aussi très politiquement correct, les petites filles étaient bien comme il faut, et les histoires édifiantes pas toujours exempte d'un racisme "à la papa".

Écrit par : Julie | 04/02/2015

Dans le grenier de ma grand mère il y avait une merveilleuse collection de Semaine de Suzette que j'ai lues quand j'avais douze, treize, quatorze ans

Écrit par : Sophie | 07/02/2015

Bonjour Sophie, et aussi Julie...car elle et moi avons été élevées à la Mode LISETTE. qui ressemble étonnamment à La Semaine de Suzette...A peu près les mêmes poupées, avec les mêmes vêtements...Vous ne savez pas que j'ai été abonnée en 1930, et que j'ai gardé TOUS les numéros jusqu'à ce que ma sœur Simone puisse les lire. De 1930 à 37, puis de 1937à 40, c'est Simone qui les garde. Toutes ces paperasses sont dans nos greniers, parfois on y fait un tour....et nous rêvons au "bon vieux temps. Et comme je n'ai pas assez de place j'ai tout donné à une de mes belles-filles qui n'a jamais été abonnée à quoi que ce soit ! Quelle chance nous avons eue, et que de jolis vêtements j'ai fait pour cette poupée !...j'ai le souvenir d'un feuilleton : L'Enfant du Naufrage"...où j'ai découvert les dangers de la mer....Et toujours pas de blog !

Écrit par : meregrand | 04/02/2015

Rien que le titre "L'enfant du naufrage" me fait rêver...

Écrit par : Sophie | 07/02/2015

mêmes lectures pour moi, maman m'offrait les albums de Lisette et la semaine de suzette aussi, c'était vers les années 1953 à 59 environ, j'avais tout gardé et je les ai jetés ou donnés dans une période triste de ma vie il y a QQ années seulement et je les regrette, j'adore bécassine!!

Écrit par : jos | 07/02/2015

Moi aussi j'adore Bécassine !

Écrit par : Sophie | 07/02/2015

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