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25/12/2014

Faible avec les forts

...Et puis le contrat d'un mois à la fnac du forum des halles a été renouvelé un mois puis pff terminé, plus de contrat. Je suis retournée vivre à Saint-Malo espérant chaque jour un appel. De la fnac. Et 1 mois et demi plus tard, appel, et j'y suis retournée ventre à terre. J'ai commencé le lundi qui était le lendemain de l'élection de François Mitterrand comme président de la république, c'était le lundi 11 mai 1981. Et cette fois j'étais au rayon "documents" du rayon des livres d'enfant. C'est à dire qu' à 98% je vendais des livres sur les châteaux-forts et les poissons, les volcans et les égyptiens. Et le reste se partageait entre les dictionnaires dits pour enfants, un ou deux livres particulièrement chiants sur Mozart ou Picasso, des livres sur la danse classique et le livre de cuisine du Père Oliver pour les enfants, vous savez le blanc avec des dessins. Ah et les livres sur les lions aussi. C'était un rayon pas très drôle, le rayon des "marraines" qui veulent offrir des livres instructifs (je ne sais pas si ça existe encore. Je veux dire les marraines comme ça).

Ma chef était minuscule avec un petit nez pointu et elle n'avait pas inventé la glace à trois faces.Elle se noyait dans un verre d'eau et disait toujours "laissez-moi, je fais des choses de bureau" en tripatouillant des factures et en mettant trois heures à faire ce qui aurait du durer dix minutes. Elle était sévère avec les faibles et faible avec les forts, ce qui est une chose que j'ai en horreur. Elle manifestait en effet la plus grande indulgence pour les garçons ou les hommes sous ses ordres, et était intransigeante avec les filles et les femmes. Par exemple les gars avaient le droit d'aller regarder des samedis entiers après-midi les matchs de foot ou de rugby au sous-sol au rayon des télés, tandis que si nous prenions nous les filles, une minute de pause en plus dans l'après-midi elle hurlait. Ou plutôt couinait.

Elle-même s'autorisait à aller chez le coiffeur sur les heures de travail ou pire disait "Je vais me faire épiler" ce qui me dégoûtait à tous les égards.

Dans le rayon voisin, celui des bandes dessinées il y avait un vendeur ultra politisé, syndicaliste, et j'men foutiste, qui est devenu mon mari. Je vous le dis sans tourner autour du pot. Mariage qui a été dissous par la justice il y a 7 ans je précise pour qui l'ignorerait. Bref.

Très vite je me suis fait trois amies: trois collègues dans le rayon, Nathalie, Hélène, et Brigitte.

C'était une époque de loufoquerie. Aux lendemains donc de l'élection de Mitterrand, les pots sauvages se sont succédé dans les réserves, le champagne coulait à flots, personne ne s'occupait des clients. Nathalie était la vendeuse sage, mais elle avait la particularité d'être apparentée de très près avec le sculpteur Arman et j'aimais beaucoup ce qu'elle pouvait dire à son propos, c'était amusant. Brigitte était la vendeuse dévergondée qui tutoyait tous les éditeurs et avait dit un jour à Olivier Nora en rigolant: "c'est pas la peine d'être aussi beau pour dire de telles conneries". Elle m'entrainait dans des cocktails d'éditeurs où jamais je n'aurais mis les pieds sans elle et même dans les jardins de l'hôtel particulier de Gallimard. Elle allait me chercher des petits-fours, elle fendait la foule pour arriver au buffet, j'étais encore très timide, elle était très protectrice et elle était drôle. Hélène était réservée et intelligente. Elle vivait avec un architecte. Je les aimais beaucoup toutes les trois.

Mais le plus dingue dans le magasin c'était un jeune type très anarchiste, très gai, très drôle, ami très proche de mon futur mari, complétement loufoque,avec les joues très rouges, et complétement rebelle. il travaillait au rayon histoire  mais n'arrivait jamais avant quatorze heures, et passait son temps à circuler dans les rayons pour voir ses potes. ll en avait partout, aux livres, aux disques, aux télés etc. Je pense qu'il travaillait deux heures par semaine.  Il avait des idées et des théories sur tout et à l'en croire si le président des états unis écoutait ses conseils le monde aurait mieux tourné. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi doué pour la vie, et qui aux dernières nouvelles l'a autant gâchée.

(...)

 

Commentaires

On savait vivre, me suis vraiment planté d'époque.

Écrit par : tanguy | 25/12/2014

Vos petits-enfants diront la même chose !!!

Écrit par : Sophie | 26/12/2014

j'ai beaucoup aimé être jeune, pas du tout l'époque de ma jeunesse. Une époque médiocre, banale, en tout cas en France. Mais en levant le pouce, c'était facile de voyager. Et de vraiment voyager.
Et puis avec l'élection su sphinx mythomane, le pays est entré dans un long sommeil idéologique dans lequel tout le monde l'a enterré;

Joyeux Noël malgré tout. Notre joie demeure.

Écrit par : solko | 25/12/2014

"Une époque médiocre, banale": bah moi je préfère cela à une époque tragique. Or il me semble bien que justement notre jeunesse a été coincée bizarrement entre l'époque tragique de la guerre et celle tragique d'aujourd'hui....

Écrit par : Sophie | 26/12/2014

2 heures par semaine, incroyable pour moi qui travaillais sur chaine a l'usine à monter des carburateurs et cela pendant 25 ans. L'époque n'était pas la même pour tous. mais pour moi heureusement c'est maintenant que ma vie est douce.
Bon Noël Sophie

Écrit par : Marie Hatton | 25/12/2014

2 heures par semaine c'était seulement pour un énergumène ! et peut-être que j'exagère un peu. Mais c'est vrai que c'était moins dur que le travail à la chaîne. Même si le commerce c'est pas le farniente non plus. Le cas de la Fnac à cette époque est très atypique. C'était une entreprise particulière, qu'elle n'est plus depuis très longtemps.

Écrit par : Sophie | 26/12/2014

C'est un vrai roman, Sophie à la Fnac....

Tu pourrais l'intituler "les malheurs de Sophie", mais je crois que le titre est déjà pris.....

As tu vendu des livres de la comtesse de Ségur, ou était-elle déjà passée de mode ?

Écrit par : Julie | 26/12/2014

"Les malheurs de Sophie" est le premier livre que j'ai lu !
J'en ai vendu mais c'était vraiment la fin !

Écrit par : Sophie | 27/12/2014

Les commentaires sont fermés.